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Il était une fois...Mario Frustalupi Imprimer Envoyer
Dimanche, 22 Juillet 2018 12:24

Il était une fois...Mario Frustalupi

1960-1970 : 214 matches / 23 buts


De l'enfance aux débuts à Orvieto en passant par la Samp, l'Inter, la Lazio pour finir par Cesena et la Pistoiese
 

Mario Frustalupi (né à Orvieto le 12/09/1942 et décédé à San Salvatore Monferrato le 14/04/1990) était un footballeur italien évoluant au poste de milieu de terrain avant d’entreprendre une carrière de dirigeant sportif.
Mario Frustalupi est l’homme d’un autre football, celui des années soixante au début des années quatre-vingt, quand le foot n’était encore qu’un sport. « Mariolino » a été membre à part entière de plusieurs histoires fortes du foot italien et est resté dans les mémoires de la Gênes blucerchiata, Milan nerazzurra, la Rome laziale du premier scudetto, du Cesena européen ou encore du miracle de la Pistoiese en Serie A. Durant sa carrière de joueur, il a remporté deux Scudetti, un avec l’Inter en 1970/71 et l’autre avec la Lazio en 1973/74. Il est le père de Nicolò Frustalupi, entraîneur adjoint de Walter Mazzarri. Mario, qui était un joueur d’une très grande régularité dans la performance, possédait une qualité technique et une excellente vision du jeu, lui permettant d'alterner jeu court et jeu long, de dicter le tempo d'une rencontre.

Mario naît à Orvieto au sein d’une famille modeste composée de cinq filles et trois garçons. Les fenêtres de la maison familiale sont face au terrain de foot de la ville, une vue privilégiée pour Mario qui, rapidement, maitrise à la perfection un ballon et devient une « bête de foire », jonglant pendant des heures pour le public, devenant un phénomène local et le petit protégé de l’équipe nationale militaire qui siège dans la ville. « Mariolino » (« Petit Mario »), surnommé ainsi pour son physique maigrelet, commence par jouer pour le club de sa ville, l’Orvietana.


Le petit protégé des militaires devient rapidement le capitaine des équipes de l'Orvietana (souvent le plus petit de l'effectif)

Supporter de l’Inter durant son enfance, il s’en va effectuer un essai à la Lazio mais est recalé par Fulvio Bernardini (qui sera plus tard son entraîneur à la Sampdoria !) car trop petit et trop fragile (1m66, 66kg au pic de sa forme). Quelques temps plus tard, c’est l’entraineur du Milan, Gipo Viani, qui le recale pour les mêmes raisons. A un plus de 16 ans, un militaire d’Orvieto le signale à une connaissance des dirigeants blucerchiati. La Samp lui fait effectuer un essai le 19 juin 1959 et décide de tout arrêter après seulement vingt minutes de test, de peur que le jeune prodige n’attire trop l’attention. On lui fait aussitôt signer un contrat en lui promettant de le laisser poursuivre ses études, condition nécessaire pour qu’il rejoigne la Samp. Il fait sa première apparition avec l’effectif professionnel le 8 mars 1961 lors d’une victoire 2-1 à Bari en Coppa Italia. L’été suivant, les dirigeants blucerchiati l’envoient en prêt à Empoli, en Serie C, afin de s’aguerrir. Malgré une relégation en Serie D en fin de saison, Mario Frustalupi sort du lot, démontrant malgré ses 19 ans une qualité naturelle évidente au poste de « regista », cerveau du milieu de terrain, réussissant à rythmer le jeu et manœuvrer les attaques et relances de sa formation sans aucune difficulté, signe que le joueur a énormément de qualités.

L’année suivante, la Sampdoria le rappelle donc sans surprise à la base, en Serie A. Sa première saison est cependant celle de l’apprentissage, il se contente d’entraînements et de regarder les rencontres depuis les tribunes : il ne joue qu’une rencontre, face au Torino, le 05/05/1963, une défaite 4-2…et un premier but en professionnel pour ses débuts en Serie A ! Au cours de cette même saison, il remporte le prestigieux tournoi de Viareggio 1963, troisième succès du club blucerchiato dans la compétition. Au cours de l’épreuve, il se met en évidence en compagnie de deux autres espoirs du club, le défenseur Francesco Morini et le milieu de terrain Giancarlo Salvi.


Le tout jeune Mario vainqueur du tournoi de Viareggio 1963 en tant que capitaine.
A droite, les premières rencontres avec l'équipe professionnelle blucerchiata.

Dès la seconde saison à Gênes, tout change, Mario est désormais un titulaire régulier et démontre match après match que c’est un joueur complet avec énormément de classe. Malgré son jeune âge, Frustalupi fait preuve de maestria au moment d’imposer son rythme dans l’entrejeu et son rendement, ainsi que la continuité dans ses bonnes performances, impressionnent. Il restera sept saisons supplémentaires au sein de la Sampdoria, désormais dans le rôle d’un titulaire et du véritable cerveau de sa formation, le joueur le plus précieux de l’effectif.


En position de frappe contre la Spal ou buteur face à l'Inter (à droite).
Au centre, aux côtés de Lojacono, Sormani, Da Silva et Barison en 1964/65.

Avec la Samp, il connaît la relégation en Serie B lors de la saison 1965/66 ainsi que la remontée immédiate l’année suivante, avec le titre de champion à la clé.


Frustalupi, le cerveau, la tête et les pieds, tel qu'il est décrit dans "l'intrepido".
La maudite saison 1965/66 avec les jeunes Salvi et Cristin avant le vol manifeste contre la Lazio et la faute oubliée sur Cristin !

 

Mario sera le capitaine de la Sampdoria à partir de la saison 1966/67, en Serie B, jusqu'à son départ du club. Au total, avec la Sampdoria, il jouera 202 rencontres de championnat pour 22 buts (dont 38 rencontres et 1 but en Serie B). Durant l’été 1970, il réalise son rêve d’enfant en rejoignant l’Inter Milan afin d’y vêtir le maillot nerazzurro en remplacement de Luis Suarez, lequel fait le chemin inverse, en direction de la Samp.


Sur la gauche, la Samp fête sa remontée immédiate en Serie A en 1966/67.
A droite, Mario mène ses équipiers pour fêter le maintien avec les tifosi en 1969/70.

Malheureusement, l’aventure milanaise n’est pas une totale réussite pour lui. S’il remporte le scudetto 1970/71, il n’est pas un titulaire indiscutable, étant souvent barré au milieu de terrain par les « bandiere » Sandro Mazzola (plus de 400 matches en nerazzurro) et Mario Corso (plus de 500 matches avec l’Inter). Sa seconde saison à l’Inter se concluera par une cinquième place en Serie A mais surtout une belle aventure en Coupe des Clubs Champions qui mène Mario et ses équipiers jusqu’à la finale, malheureusement perdue en mai 1972 face à l’Ajax Amsterdam de Johann Cruyff (2-0).


L'arrivée à l'Inter en 1970. Les entraînements avec Mazzola et Corso sous l'oeil d'Herrera.
 


Mario après le Scudetto remporté en nerazzurro, face à la Samp en 1971/72.
Cette même année, la joie après son but en demi-finale retour contre le Celtic et la finale face à l'Ajax.

Durant l’été, il est temps pour l’Inter de remanier son effectif : les nerazzurri pensent faire un gros coup en recrutant le laziale Giuseppe Massa en échange d’une grosse somme d’argent ainsi que Mario qui rentrait dans la transaction. Arrivé à la trentaine, un âge où généralement les joueurs connaissent une phase déclinante de leur carrière, il n’en est rien pour Mario qui, comme le bon vin, continue de progresser avec l’âge. Frustalupi est ‘’âgé’’ et arrive en remplacement de l’idole Massa : deux éléments suffisants pour justifier le peu d’enthousiasme des tifosi à son égard lors de son arrivée. Les premières semaines sont difficiles, l’équipe joue mal, les résultats ne sont pas au rendez-vous, il ne se sent pas à l’aise au sein du vestiaire laziale, ayant peu ou pas d’atomes crochus avec ses nouveaux équipiers. Après un ajustement tactique effectué par le coach Maestrelli, lequel lui donne les clés du jeu laziale, les résultats arrivent et Frustalupi fait comprendre aux tifosi qu’ils ont dans leur effectif quelqu’un avec les pieds et le cerveau d’un grand joueur. Fulvio Bernardini, lequel l’avait recalé lors d’un test lorsqu’il était jeune, et désormais sélectionneur de la Nazionale, l’observe pour une éventuelle convocation (qui n’arrivera finalement pas) disant « Frustalupi est un joueur qui utilise les pieds et le cerceau ou mieux encore, le cerveau et les pieds, et c’est pour ça qu’il ne se fatigue pas tellement à jouer, parce qu’il est intelligent ».


A droite, aux côtés du coach Maestrelli dont il était le joueur clé.

Au final, ce fut la Lazio, promue dans l’élite, qui réalisa la très grosse opération : en plus d’obtenir une grosse somme d’argent lui permettant de se renforcer, elle tenait là un joueur essentiel, le cerveau de son milieu de terrain. Au sein du dispositif tactique mis en place par Tommaso Maestrelli, Mario est le point cardinal de l’équipe : il dicte le rythme, l’élevant ou le calmant lorsqu’il faut reprendre son souffle. Surtout, c’est une sorte d’entraîneur sur le terrain, capable de comprendre les points faibles des adversaires pour les punir. La Lazio se transforme alors en machine de guerre. Mario jouera toutes les rencontres de la saison et sera un acteur majeur de l’excellent exercice achevé à la troisième place finale après une lutte avec l’AC Milan et la Juventus jusqu’à la dernière journée. Frustalupi est désormais une idole des tifosi qui en apprécient le sérieux et la vision du jeu qui illumine régulièrement sa formation sur le terrain. Mario est l’esprit du jeu de l’équipe qu’il conduit vers la victoire en de très nombreuses occasions. « Frusta » ne s’est jamais pris pour un champion, il est pourtant celui qui prend toutes les responsabilités de l’équipe, qui joue le rôle de tampon entre les différents clans d’un vestiaire laziale composé de joueurs un peu fous. Son ironie lui permet de calmer les conflits récurrents, obtenant en retour l’estime et la confiance de ses équipiers.

La saison suivante, Mario dispute une fois de plus toutes les rencontres des laziali et remporte le Scudetto, le premier remporté par la Lazio au cours de son histoire. Mario Corso, l’ex équipier nerazzurro, affirma après le Scudetto laziale : « Quand Frustalupi a été engagé par la Lazio, j’ai affirmé que cela serait, à long terme, le coup du mercato le plus important. Maintenant, je pense que tout le monde me donnera raison. Mais je ne suis pas un devin, je suis juste quelqu’un qui connaît assez le football pour pouvoir définir Frustalupi un véritable champion ».


Champion d'Italie avec la Lazio, premier titre de l'histoire du club romain


Après une troisième saison jouée à un bon niveau et malgré des galons de titulaire, Mario Frustalupi voit son histoire avec la Lazio prendre fin. L’entraîneur Maestrelli prend du recul en cours de saison à cause d’un cancer du foie (il décèdera un an plus tard). Le président Laziale souhaite faire table rase de l’équipe et décide de se séparer des quelques joueurs qu’il juge trop vieux. Frustalupi fait partie de ceux-ci. A 33 ans, Mario, « le nain savant », anti-personnage par excellence, accepte un pari difficile, en rejoignant Cesena durant l’été 1975.

Mario s’avère une fois de plus une excellente recrue. Sa qualité technique et sa capacité à dicter le jeu de son équipe permettent à Cesena de finir sixième du classement final, meilleur résultat de l’histoire du club et une qualification historique pour la Coupe Uefa l’année suivante. Dans le même temps, la Lazio ne sauvera sa peau en Serie A qu’à la toute dernière journée de championnat… Malheureusement, l’exercice suivant tourne au cauchemar avec des éliminations précoces en coupes d’Europe et d’Italie avant de s’achever par une relégation en Serie B. En Europe, le tirage au sort n’a pas été chanceux puisque Cesena doit affronter le monstre de l’ex-RDA, Magdebourg, trois fois champion d’Allemagne au cours des saisons précédentes et vainqueur de la Coupe des Coupes 1974 contre l’AC Milan. Après une défaite 3-0 à l’aller, Cesena est proche de faire l’exploit au retour mais doit se contenter d’un succès 3-1, l’expérience européenne du club d’Emilie Romagne s’arrête ici (seule participation de son histoire encore de nos jours). Et dire que Mario a manqué cette double confrontation sur blessure… !


Mario auteur de deux belles saisons avec la tunique de Cesena sur le dos.

En octobre 1977, alors que le championnat a déjà commencé, il rejoint la Pistoiese, en Serie B également. Il restera quatre saisons au sein du club toscan non sans avoir participé activement à la montée du club en Serie A au terme du championnat 1979/80 (on notera également la présence d’un autre sampdoriano dans l’effectif, Marcello Lippi). La Pistoiese, promue pour la saison 1980/81, effectue l’ascenseur, achevant à la dernière place la seule saison parmi l’élite de son histoire malgré une première partie de saison achevée dans les premières places du classement. Mario est cependant à chaque rencontre le meilleur de son équipe jusqu’au match face à Catanzaro en mai 1981, ce jour-là, excédé par l’arbitrage, il conteste la distance du mur adverse, se fait expulser et est suspendu cinq rencontres.


Un dernier challenge à la Pistoiese...aux côtés d'un certain Marcello Lippi.

A 39 ans, le capitaine « Frusta » décide qu’il est alors temps de raccrocher les crampons après 364 rencontres de Serie A et 34 buts (123 matches et 6 buts en Serie B). Pas mal du tout pour un joueur trop maigre et fragile comme on l’a longtemps pensé lors de son adolescence.


Mario Frustalupi est encore aujourd'hui un nom qui compte à Pistoia, comme le montrent ces tshirts à son effigie. 

Au terme de sa carrière, Mario ouvre une concession Lancia tout en collaborant dans le même temps avec la Pistoiese dont il fut entraineur des jeunes, de la Primavera, observateur, directeur sportif et même président. Frustalupi – ainsi que quatre autres personnes - perd tragiquement la vie au cours d’un accident de la route en avril 1990. En 2015, à l’occasion du vingt-cinquième anniversaire de son décès, la ville d’Orvieto lui dédie une place en face de sa maison natale, là où se trouvait le terrain de foot sur lequel Mario fit ses premiers exploits ballon aux pieds.

Marcello Lippi, qui a cotoyé Frustalupi à la Pistoiese dit de lui « Des joueurs actuels, qui lui ressemblent, il ne m’en vient même pas un à l’esprit ». Mario Frustalupi était un footballeur et un homme d’un autre temps. Un joueur qui utilisait son cerveau aussi bien sur le terrain qu’en-dehors, réussissant à résister aux désillusions et au manque de confiance récurrent à son égard grâce à son calme et son intelligence. Mario a toujours été apprécié au fil du temps, il est resté dans les mémoires, laissant de bons souvenirs partout où il est passé. C’est à la Sampdoria qu’il a franchi le cap du jeune garçon trop petit et fragile à l’homme et footballeur de haut niveau. Un joueur qui aurait mérité une bien plus grande carrière sportive. Son décès tragique ne l’a pas effacé des mémoires, « Mariolino » reste un exemple à suivre encore aujourd’hui.


Nous conseillons par ailleurs ce très bel ouvrage consacré à la vie de Mario, "le petit géant du milieu de terrain", un titre bien trouvé.

 


Ciao Frusta !

 

Mise à jour le Dimanche, 22 Juillet 2018 16:27
 
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