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Il était une fois…Ernesto Bernardo ‘’Tito’’ Cucchiaroni Imprimer Envoyer
Mardi, 10 Février 2015 14:22

Il était une fois…Ernesto Bernardo ‘’Tito’’ Cucchiaroni

1958-1963 : 148 matches / 40 buts


Ernesto Bernardo Cucchiaroni, dit ‘’Tito’’ Cucchiaroni (né le 16/11/1927 à Posadas et décédé le 04/07/1971) était un footballeur argentin évoluant au poste d’ailier gauche. Cucchiaroni était un ailier rapide qui savait multipilier les débordements et centres sur son côté gauche tout en trouvant également assez régulièrement le chemin des filets. C’était un joueur puissant qui savait également se montrer agressif sur le terrain, ne refusant jamais le combat physique comme tout joueur argentin qui se respecte. Le groupe de supporters Ultras de la Sampdoria, le plus vieux d’Italie, lui a rendu hommage en prenant son nom en 1969 : ULTRAS TITO CUCCHIARONI.

Le jeune ‘’Tito’’ fait rapidement preuve de facilité pour exercer du sport, il joue très vite au football mais également au basket où il s’avère talentueux mais il pratique également de la natation, de l’athlétisme et même de la boxe où il obtient de bons résultats au niveau scolaire. Il débute le football au sein du club de sa ville, le ‘’Club Atlético Bartolomé Mitre’’. En 1949, à 22 ans, il rejoint les rangs du ‘’Club Atlético Tigre’’, pensionnaire de première division argentine, dont les observateurs ont été convaincus par ses performances lors de la finale d’un championnat régional, ‘’Doctor Adrián Beccar Varela’’, disputé quelques semaines auparavant dans le stade de San Lorenzo avec une sélection de jeunes de sa région.


Ernesto lors de son passage sous les couleurs de Tigre en Argentine
 

Avec l’équipe de Tigre, reléguée en 1950, il remporte le championnat de division 2 argentine en 1953, en étant un joueur majeur de sa formation. Il débute sa carrière au club en tant qu’ailier avant d’être repositionné en numéro 10, il inscrira 51 buts en 139 matches pour Tigre, ce qui finira par attirer l’intérêt des grands clubs du pays. Ses accélérations, ses feintes de corps et sa qualité de dribbles lui permettent de passer dans les espaces réduits et de mettre le feu dans les défenses adverses. En 1955, il rejoint Boca Juniors, champion d’Argentine en titre et connait ses premières sélections en équipe nationale. A noter que son transfert, le plus cher de l’époque en Argentine, permet à Tigre de finir la construction de son stade, le ''Son José Dellagiovanna'' ! (La tribune latérale ''Platea Techada''). On ajoutera qu’il était parti en très bons termes avec son club et que celui-ci joua même parfois durant les années soixante avec les maillots de la Sampdoria que Tito avait donnés au club ! 


Nous sommes en 1955 et Ernesto est désormais un "xeneize", un génois de Boca Juniors !

 

Cette même année 1955, avec ‘’l’albiceleste’’, il remporte le Championnat Sud-Américain de football (appelé depuis 1975 ‘’Copa América’’) organisé au Chili, grâce à un succès lors de la dernière rencontre face…au Chili (1-0) ! En championnat d'Argentine, il inscrit dix buts mais ne peut aider Boca à remporter le titre qui revient à River Plate, les ‘’xeneizes’’ ne pouvant faire mieux que troisièmes. L’année suivante, Boca se mèle à nouveau à la lutte pour le titre de champion mais après six buts en quatorze rencontres, ‘’Tito’’ quitte le navire direction l’Europe et l’AC Milan. En effet, un dirigeant rossonero venu assister à une rencontre entre l’Argentine et le Tchékoslovaquie est tombé sous le charme de ce joueur technique entré lors du dernier quart d’heure de la rencontre ! Plus jamais Ernesto ne connaitra les joies d’une sélection en équipe nationale…mais ce quart d’heure modifie son destin puisqu’il va désormais évoluer en Italie jusqu’au terme de sa carrière.


Onze sélections en Albiceleste, le temps de remporter le championnat Sudamericano 1955 au Chili

 

Nous sommes donc en plein été 1956 lorsque Cucchiaroni rejoint la Serie A et la Milan rossonera. Lors de sa première saison, il inscrit trois petits buts et participe à l’obtention du sixième Scudetto de l’Histoire du club milanais malgré une seconde partie de saison difficile : touché par le typhus murin, il est confiné dans une clinique de Monza durant presque toute la phase retour du championnat.


''Tito'' arrive dans la Milan rossonera, on le voit ici en action face à la Sampdoria d'Ocwirk

La seconde saison milanaise de Cucchiaroni voit celui-ci inscrire seulement quatre buts sur l’ensemble du championnat que l’équipe achève à une triste neuvième place. Dans le même temps, les rossoneri atteignent la finale de la Coupe des Clubs Champions mais s’inclinent 3-2 face au Real Madrid avec un but inscrit par les espagnols dans les arrêts de jeu de la prolongation. Cucchiaroni ne s'est clairement pas adapté aussi bien à l'équipe qu'à la ville de Milan, il a du mal à confirmer les espoirs placés en lui, c'est donc sans surprise qu'il est cédé l'été suivant.

 

Mario Bergamaschi et ‘’Tito’’ Cucchiaroni font partie des joueurs vendus à l’intersaison par Milan, ils rejoignent tous les deux la Sampdoria du président Alberto Ravano. A Milan, une action le concernant est restée dans l’Histoire du Derby entre nerazzurri et rossoneri : le dimanche 6 octobre 1957, l’Inter mène 1-0 (but sur penalty d’une future bandiera blucerchiata…Guido Vincenzi, lequel signera à la Samp l’été suivant dans le cadre du départ de Firmani à l’Inter) lorsque l’arbitre concède également un penalty aux rossoneri, c’est Cucchiaroni qui va se charger de le tirer. Alors que ça discute sévère autour de l’arbitre Concetto Lo Bello, le joueur intériste Benito Lorenzi, profite des contestations pour récupérer un demi-citron sur le banc de touche de son équipe et vient le glisser sous le ballon. Si la foule a tout vu, les joueurs eux, n’ont rien remarqué. Cucchiaroni s’élance et tire…au-dessus des buts. A la fin de la rencontre remportée 1-0 par l’Inter, Lorenzi s’échappe en courant dans les vestiaires pour éviter de se faire rattraper par Cucchiaroni et certains de ses équipiers !


Un Scudetto et une finale de Coupe des Champions perdue lors de ses deux années milanaises

Alors qu’il est désormais dans la trentaine et que ses meilleures années semblent derrière lui, ‘’Tito’’ va vivre une véritable cure de jouvence à Gênes et s’apprête à connaître une seconde jeunesse, vivant sans aucun doute possible les plus belles années de sa carrière de footballeur,  devenant même une légende de la Sampdoria, son nom survivant à sa mort grâce au groupe de supporters des Ultras Tito Cucchiaroni. Lorsqu’il rejoint la Samp, il fait partie d’une des nouvelles pièces du puzzle qu’assemble alors le président Alberto Ravano, désireux de faire des blucerchiati un club important du championnat italien. C’est l’époque des « vieux sympathiques » comme Eraldo Monzeglio, entraîneur doriano, appelle l’équipe qu’il a sous sa responsabilité : des joueurs écartés des grands clubs car n’ayant pas réussi ou étant jugés sur le déclin, en fin de carrière. 


L'arrivée de "Tito" à Gênes et son second but dans le Derby 1958, le jour de son anniversaire !

Cucchiaroni savait enchanter les tifosi grâce à son tir puissant et précis, à sa vitesse qui le transformait en un véritable funambule du rectangle vert. Sa calvitie précoce laissait supposer un joueur d’un âge avancé et sur la fin alors qu’il n’en était rien et ses performances génoises le prouvèrent. Quel meilleur moyen d’être accepté par les tifosi que d’inscrire un but décisif dans le Derby della Lanterna ? ‘’Tito’’ fait mieux que cela en inscrivant un doublé lors du derby de novembre 1958, le jour de son trente-et-unième anniversaire, un succès 2-1 qui permet d’entrer immédiatement dans le cœur des tifosi sampdoriani. En fin de saison, les buts inscrits se comptent au nombre de dix et l’équipe atteint un très bon cinquième rang final, meilleur de la courte Histoire du club alors. Durant l’été 1959, un nouvel élément expérimenté rejoint la troupe doriana, Nacka Skoglund, en provenance de l’Inter. Les deux joueurs formeront un duo d’attaque de feu, deux génies du Calcio qui savaient aussi bien se montrer de bons pourvoyeurs de ballons mais également de bons finisseurs (dix nouveaux buts pour ‘’Tito’’ lors de cette seconde saison au club), malheureusement, la formation blucerchiata n’obtient qu’un huitième rang qui est quelque peu décevant. 


Avec Skoglund, Cucchiaroni est l'une des grosses stars de l'Histoire de la Sampdoria

L’année suivante, en 1960/61, est la meilleure de l’Histoire de la Sampdoria de ‘’l’avant Paolo Mantovani’’, avec une quatrième place historique. Pour beaucoup, le club aurait même pu obtenir un meilleur résultat final si le président Ravano n’avait pas vendu en cours de saison son excellent ailier droit, Bruno Mora, à la Juventus…futur Champion d’Italie. L’équipe était inarrêtable au Stadio Luigi Ferraris, battant quasiment tous ses adversaires, Cucchiaroni, Skoglund et Brighenti mettaient à mal toutes les défenses adverses (31 points pris à domicile sur 34 possibles, aucune défaite). Malheureusement, à l’extérieur, les résultats de l’équipe étaient proches du néant…


''Tito'' se montre décisif dans la quête de la 4ème place en 1960/61 tout comme Sergio Brighenti que l'on retrouve à ses côtés

 
Impliqué sur deux des trois buts doriani face à la Juventus en 1961

Ernesto resta deux saisons supplémentaires au club, deux saisons au cours desquelles ses performances individuelles étaient encore reconnues mais la Samp connaissait alors un déclin certain du fait du départ de l’ambitieux président Alberto Ravano en fin de saison 1960/61. Il quitte donc la Sampdoria et met un terme à sa carrière à 36 ans, en 1963. Durant cinq saisons, il aura enchanté la Gênes Blucerchiata grâce à ses nombreuses montées balle aux pieds mais également ses dribbles chaloupés qui faisaient se lever la foule dans les gradins du stade Luigi Ferraris et des autres stades d’Italie.

Rentré en Argentine, bien qu’officiellement à la retraite, il participe à quelques rencontres avec son premier club, Bartolomé Mitre avant de devenir directeur technique du Club Deportivo Guaraní Antonio Franco, l’autre club de Posadas, sa ville natale. Plusieurs saisons dans l’ombre du championnat national qu’il n’aura pas la chance de connaître : trois mois avant les débuts de Guaraní en division 1 argentine, face à Boca Juniors, Ernesto décède en juillet 1971 quelques mois avant son quarante-quatrième anniversaire.


A droite, Cucchiaroni lors de son départ de Gênes pour l'Argentine au terme de sa carrière en 1964

Une part de mystère entoure encore sa mort : selon la presse locale, il est décédé alors qu’il se trouvait en tribunes à suivre un match de son équipe de cœur, Bartolomé Mitre. D’autres évoquent qu’il serait décédé alors qu’il se trouvait sur le terrain d’entraînement alors que pour certains, il s’agirait tout simplement d’un accident de voiture. Une mort mystérieuse donc alors que son nom, depuis 1969, était déjà le nom donné au premier groupe Ultras né en Italie, celui donc des « Ultras Tito Cucchiaroni ». Enfin, sa mort pourrait être la conséquence de la SLA, appelé maladie de Charcot.

A priori, selon plusieurs sources, ‘’Tito’’ Cucchiaroni était bien présent au match de Mitre, en tribunes, mais il se serait senti mal et aurait décidé de rentrer en voiture et aurait eu un accident fatal. Ce qui est certain, c’est que peu de temps auparavant, on lui avait diagnostiqué la maladie de Charcot et une complication cardiaque ayant conduite à l’accident n’est pas impossible. L’accident mortel lui a en tout cas évité la longue agonie qui l’aurait touché comme tous ceux frappés par la même maladie. Son décès, associé à ceux de Guido Vincenzi, Ernst Ocwirk, Enzo Matteucci et Francisco Lojacono, tous morts prématurément, met le doute quant à l’usage de produits dopants ou alors à la surmédicalisation présente alors dans le Calcio et donc à la Sampdoria ( http://archiviostorico.corriere.it/2003/marzo/27/Samp_morti_sospette_co_0_030327111.shtml ). Sa mort fut une véritable onde de choc pour tous les habitants de la région, une foule énome fut présente à sa sépulture et son cercueil fut porté par les joueurs des deux équipes de la ville, Mitre et Guaraní. Cucchiaroni était un champion aimé aussi bien en Italie qu’en Argentine, il était apprécié pour ses qualités humaines. Sa classe et sa combatitivité en avaient fait un modèle et une ‘’bandiera’’ pour les tifosi doriani les plus jeunes.


Tito aux côtés d'Omar Sivori en 1958

Les années de ‘’Tito’’ Cucchiaroni sont des années fantastiques pour la Sampdoria et sa tifoseria qui continue de s’organiser, de grandir, au sein de ce stade magnifique tel qu’il était alors. L’entrée des joueurs se faisait depuis les escaliers reliant les viestaires à la Gradinata Sud et dés l’arrivée des joueurs sur le terrain, ceux-ci pouvaient admirer le spectacle des tribunes et se sentir directement dans l’ambiance du match. ‘’Tito’’ est rentré dans le cœur des tifosi et c’est la raison pour laquelle les Ultras ont choisi comme nom de groupe celui de Cucchiaroni. Obtenir les résultats qui ont été les leurs avec une équipe composée de soit-disant joueurs finis était quelque chose d’exceptionnel. Même si les années Mantovani ont permis de garnir la salle des trophées, cette période de la fin des années 50/début des années 60, avait quelque chose de magique, quelque chose qui n’existe plus dans le football d’aujourd’hui ni même dans celui des années 80.

‘’Tito’’ Cucchiaroni a fait énormément pour la Sampdoria d’un point de vue sportif grâce à ses buts, son talent, sa générosité dans l’effort sur le terrain mais il était également un showman, un gentleman qui avait su se faire aimer des tifosi de ses équipes mais également de ses adversaires. L’attachement au maillot et le respect du jeu et des autres en avaient fait un joueur spécial dans le cœur des tifosi, raison pour laquelle son nom est à jamais rattaché à celui de l’Histoire de la Sampdoria.

Ernesto ''Tito'' Cucchiaroni, leggenda Blucerchiata !

Mise à jour le Mercredi, 11 Février 2015 13:46
 
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